samedi, 24 novembre 2007

(Suite)

Heureusement que les modes de guérison sont riches et singuliers ! La norme n'est pas toujours une garantie d'épanouissement. Ceux qui ont vécu avec des parents hors normes le savent. Il leur faut trouver le mode de vie qui leur laissera la part de liberté qui leur est nécessaire. La maladie du père a t-elle pu déterminer le métier de pédiatre d'Hélène ? On peut le supposer. Elle choisit de devenir pédiatre, autrement dit le médecin qui soigne les enfants - alors qu'elle considérait sont père comme un enfant -, plutôt que psychiatre, ce qui aurait pu la renvoyer à la psychose de son père.

Tout processus de changement demande de lâcher ce qui nous fait mal mais qui nous tient de lieu de vie.

Nous tenons donc mordicus à nos symptômes ?

Avec nos symptômes, nous vivons. C'est pourquoi nous tenons à eux. Même en nous plaignant, nous y tenons. Tout le travail de la cure analytique consiste à nous permettre de trouver et d'accepter d'autres moyens de vivre avec nous-même. Cela prend du temps. Car nous tenons à ce que nous connaissons, à ce qui nous a permis de tenir, même si cela nous coûte. Les résistances sont des blocages, des absences, des silences, des murs, toutes sortes de mécanismes psychiques qui viennent nous assurer que nous pouvons ne pas changer. Le changement effraie. Nul ne sait vraiment ce qu'il apporte derrière ce qu'il promet.

Celui qu'il est vraiment difficile d'appeler le patient : il n'a rien à voir avec le patient de la médecine, celui qui subit un traitement ou qui en bénéficie. Il est celui qui change, celui qui se réveille, celui qui vit sa cure, de rêve en rêve, d'association en association.

Le premier ennemi à combattre est à l'intérieur de soi.

" Mais qui vous aime malheureuse ? " Elle m'a fait réfléchir. On ne gagne rien à être malheureux. Et mon malheur n'aidait personne.

" Si tu veux aider un pauvre, inutile de lui donner du poisson, apprends-lui à pêcher. "

Comment en sort-on ?

Tout est là : il faut en sortir. Il faut pouvoir souffrir. Accepter, élaborer, surmonter et dépasser la souffrance. On ne peut faire l'économie de ce processus. En déniant ce qu'on est pas en mesure de supporter, on s'épargne une partie de la douleur et des chagrins qu'on est pas en mesure d'éprouver. Mais les émotions et les pensées déniées restent intactes, en attente. Comme elles ne sont pas travaillées par nos rêves et nos associations, elles peuvent longtemps rester en l'état et exploser si une situation nous les fait revivre. On ne s'en sort qu'en vidant l'abcès. Accepter de revivre l'événement insupportable, accepter les pensées et les émotions inconciliables, accepter la morsure du chagrin, de la culpabilité et de la perte. Plus le clivage est ancien, plus il peut s'être rigidifié, solidifié, enkysté.Certes, il nous protège de ce que nous ne pouvons supporter, mais en le gardant intact, telle une vraie bombe à retardement.

Le deuil reste toujours à faire, même longtemps après ?

Oui. Même dix, vingt ou soixante ans plus tard, il faut faire le travail d'acceptation de la réalité. Faire le travail : penser, pleurer, manquer et affronter ce qui semblait insurmontable. Encore faut-il être dans des conditions favorables.

Tous les enfants de psychotiques ne le deviennent pas. Loin de là. Beaucoup deviennent psychologues, éducateurs ou médecins.

On ne peut guérir que par la psychanalyse ?

Les enfances bousculées par des parents déséquilibrés, prisonniers de leurs angoisses et de leurs démons, sont souvent lourdes à porter et laissent des traces. Malgré la cure. Certes, la psychanalyse permet de fouiller le passé, de revivre et d'affronter, d'élaborer et de dépasser les traumatismes infantiles, dont ceux qui sont causés par la douleur psychique des parents malades mentaux. Mais elle ne suffit pas toujours pour vivre avec soi-même.

La psychanalyse ne suffit pas : vous semblez formuler là une forme de désaveu !

Je dis simplement que ça ne suffit pas... On guérit par la cure et par le métier qu'on se choisit, par ce qu'on fait de sa vie. On guérit en soignant, en créant, en donnant, en pardonnant. La psychanalyse permet de vivre et ensuite on se guérit par la vie qu'on se construit.

jeudi, 01 novembre 2007

La question du deuil

La psychanalyse peut permettre de vivre ce qui n'a pas été vécu, de pleurer ce qui n'a pas été pleuré, d'ouvrir ce qui s'était refermé et de s'autoriser à vivre.
Le travail analytique peut du reste s'apparenter au travail de deuil. Il s'agit du travail psychique fodamental qui permet d'accepter une réalité pénible, violente, bouleversante, insoutenable - notre réalité, dans ses aspects autant matériels que psychiques.
Prendre la mesure des pertes ou des absences qui nous minent, des douleurs que la vie nous impose, mais aussi, plus radicalement, du manque qui nous creuse tous, afin de trouver en nous les forces de vivre quand même. Passer par la colère, ressentir la culpabilité, trouver des aménagements avec l'intolérable, cela peut jalonner le chemin du deuil qui suit une perte, comme le chemin d'une cure.
Vous savez qu'il ne suffit pas de dire les choses pour qu'elles évoluent. Si les mots font avancer dans la cure analytique, c'est grâce au transfert et aux conditions de celui-ci : le cadre et la règle de la cure.
Il est nécessaire de trouver un lieu fiable et assuré et une écoute adaptée pour pouvoir élaborer ce qui n'a pu être pensé. La psychanalyse permet d'avoir un lieu sécurisé pour parler. Un lieu, un rendez-vous, une place et une personne qui écoute. Régulières et assurées, les séances sont des garanties, des marques de reconnaissance. Vous voyez, une fois encore, l'importance du cadre et de la règle. Lorsque des fantômes hantent l'enfance, quand les frontières entre la vie et la mort sont floues, au point que la vigilance soit toujours requise, l'espace de la cure analytique offre un lieu psychique pour remettre les choses en place, les penser, les souffrir, les élaborer, sans être menacé de chaos.
Face à une réalité impossible à intégrer, notre esprit peut chercher à s'en protéger en la niant. Il peut nier soit l'événement, soit son impact. Ce déni peut être provisoire et laisser place à l'horreur de la réalité, au chagrin et au deuil. Il peut aussi s'installer durablement et déséquilibrer l'existence de celui qui fuit la souffrance, insupportable.
Une fillette qui n'a ni la maturité psychique ni le soutien familial adapté ne peut se protéger que par le clivage. Elle se protège de l'événement impensable, lui ôte tout caractère douloureux et peut ainsi reprendre le cours de sa vie. Du moins le croit-elle. Jusqu'au jour où une autre situation, analogue ou proche, viendra lui rappeler les émotions qu'elle n'avait pu ressentir et elle s'effondrera.
Le clivage et le déni de souffrance ou de réalité qu'il opère sont des moyens de survivre à la violence d'un traumatisme.