mardi, 07 août 2007

Des figures maternelles

Les mères ne sont pas toutes bonnes. Elles sont aussi dangereuses.

Comme si la sortie du passage oedipien lui était fermée. Il croit toujours que sera possible un jour. Il idéalise sa belle et la rêvera toute sa vie. C'est ainsi que les belles dames absentes rendent fous leurs petits garçons, les empêchant d'échapper à leur pouvoir et de s'en aller aimer ailleurs.

L'emprise nous tient parce que nous tenons à elle. Les bénéfices que procure l'emprise sont aussi forts que les nuisances qu'elle occasionne.

Pour celui qui voudrait s'en libérer, un gros travail personnel doit être réalisé, car l'emprise maternelle ne se dessere pas. Pour qu'elle nous lâche, il nous faut nous en dégager. L'appui d'un tiers - thérapeute ou, mieux, psychanalyste, puisqu'il s'agit de figure inconsciente - est absolument nécessaire.

On peut donc aimer même si on n'a pas été aimé ?

Nombre de ceux qui ont été mal aimés deviennent particulièrement aimants, donnant ce qu'ils n'ont pas reçu, distribuant parfois l'amour qui leur a manqué, certainement pour en avoir des gratifications en retour. On devine d'emblée l'amertume des déceptions qui peuvent s'ensuivre.

Le travail de l'analyse nous permet de sortir des schémas mentaux  qui nous semblaient inamovibles, comme reproduire ce qui fait souffrir. Au fil du travail, séance après séance, ce qui paraissait inéluctable commence à bouger et celui qui ne connaissait qu'une réponse à ses blessures s'ouvre à d'autres modalités. La créativité psychique des processus de réparation permet ce qu'on appelle aujourd'hui la résilience : entraver la reproduction du pire.

Il s'agit non seulement de se dégager des relations passées, mais aussi et surtout de changer de positionnement pour le présent et l'avenir. Ne plus aller vers le malheur, ne plus se faire son complice, ne plus aller systématiquement vers le pire, cela peut changer la vie.

Scènes champêtres, séances cruciales

Qund ma mère surgissait, dans toute sa beauté, son éclat, son charme - car elle était vraiment très belle - je me sentais le petit cousin de province mal fagoté, bouseux, qu'on vient voir. Je ne cherchais qu'à lui faire plaisir.

" Votre mère n'est pas toute-puissante, arrêtez avec ça. Elle n'est qu'une mère qui essaie de jongler avec le quotidien. Elle n'est qu'une femme comme une autre. " Elle essayait de casser cet amour d'un pauvre mortel pour une déesse.

J'ai beaucoup, beaucoup pleuré. Pleuré sur moi, sur mon enfant intérieur, celui qui avait souffert. Compris, aussi. Compris mes mains débiles, mes mains faibles, maladroites.

Quand je sortais, au début, j'étais formidablement libéré, éclairé. Mais c'est tout de même très dur.

Au cours de ces trois premières années, j'ai démonté, séance après séance, cett mécanique du mal. Un peu comme un bricoleur devant un moteur cassé. D'où venait la panne ? En voyant bien que la panne de départ - la mère qui m'abandonne - avait endommagé d'autres circuits. Il fallait également aller plus loin... La psychanalyse vous aide à ne pas juger, mais à comprendre

Tous les torrents d'énergie que je gaspillais, auparavent, non pas à essayer de résoudre mes problèmes - je n'en étais pas là ! - mais simplement à gérer mon angoisse, à essayer de comprendre...

Ce qui péchait encore, c'était la concrétisation des projets.

Je ne parlais que de ma peur, de mon angoisse. L'angoisse remplissait toute la pièce, l'air que je respirais, ce qui me ramenait à l'air empoisonné, quand j'étais petit. J'avais l'impression d'être Chloé, l'héroïne de l'Ecume des jours, quand la pièce se rétrécit et se referme sur elle. Le divan me semblait minuscule, la vie était minuscule. J'étais enfermé, je suffoquais, je n'avais rien à dire.

" Je n'ai rien à dire, je suis mal-mal-mal. " C'était insuportable, et ça durait trente minutes ! Bien sûr, on vous parlera de résistance. Mais elle ne faisait rien pour m'aider. Alors je l'engueulais. Je hurlais ! J'étais à l'époque très dur avec elle, j lui disais : " Vous êtes pire qu'une pute. Au moins si j'allais voir une pute, elle m'apporterait du plaisir. Mais vous rien. "  Elle ne répondait rien, bien sûr. A cette époque-là, j'étais face à moi, face à une angoisse insupportable. Il y avait d'autres choses à voir, je le sentais, je pataugeais.

lundi, 06 août 2007

Penser, c'est créer

Ce qui mène le monde, ce n'est pas le sexe ou l'argent. C'est cette force spirituelle, ce délice de l'intelligence, au fond de nous, qui ne demande qu'à exister.

Je ne pouvais m'intégrer dans un groupe, j'étais asocial, dans ma bulle. Cette distraction me protégeait de la dureté de ce monde. Dans mes rêves, je me révoltais. Dans les jeux aussi. Je jouais aux Lego et j'inventais l'histoire d'un personnage, bouc émissaire, victime des autres, qui finissait par devenir capitaine.

Seul. Grandir, souffrir.

J'étais très bon en théorie, toujours mon côté lunaire, dans la bulle. Mais au moment où il fallait concrétiser, tout retombait par terre.

Ce sentiment d'échec absolu, de nullité, me ruinait la vie.

Côté vie privée, ce n'était pas plus brillant. Le fait de n'avoir jamais eu de tendresse de la part de ma mère et d'en avoir tant rêvé a induit des relations très sexuées et sexuelles avec les autres filles. Difficile d'être seulement ami. Il me fallait toujours plus, plus d'amour ! Il fallait que cela soit fusionnel. Et, surtout, il fallait qu'on m'aime à tout prix, même si j'étais infernal. Je me débrouillais pour l'être.

Je trouve que les lectures que l'on fait, dans la salle d'attente, avant une séance, sont parfois super-importantes.

Le corps est probablement plus impliqué qu'on ne le pense dans la cure analytique...

Tout ce qui s'étais mis en place progressivement, depuis ma toute petite enfance, pour m'amener à cet état de blocage et de dégoût de moi-même. Ma difficulté réelle à tenir le crayon, comme si mes mains étaient gourdes, faibles.