vendredi, 17 août 2007

" Parler de soi débarrasse de soi "

" Tu as tout pour être heureuse " est une phrase très culpabilisante. Elle enlève toute possibilité de se demander si on est vraiment heureuse, si on a vraiment la vie qu'on voulait. Elle oblige à adhérer à des standarts de bonheur qui n'ont rien de personnel. Elle enferme dans une norme de réussite sociale et affective.
Je me suis allongée deux fois par semaine, et j'ai pleuré ( et aussi ri)  pendant six ans sur le divan de quelqu'un qui entendait mon chagrin.
Un des a-priori sur la psychanalyse veut que ce soit narcissique. Narcissique ? Effectivement, pendant six ans, j'ai parlé de moi. J'ai arrêté d'y penser obsessionnellement pour en parler. Et du coup j'ai parlé de beaucoup d'autres choses. J'ai canalisé mon chagrin, deux fois par semaine. Par voie de conséquence, j'embêtais moins mes amis avec mon moi et mes problèmes. En apprenant à m'écouter, je les écoutais mieux. Quand on se rencontre soi, on est mieux à même de rencontrer l'autre, parce qu'on va mieux, et qu'on s'oublie... Parler de soi débarrasse de soi. Je me suis ouverte, il y avait enfin de la place pour l'autre en moi, sans reproches, sans culpabilité.
J'ai cessé d'écrire sur moi, non que ce soit mal en soi, mais ce moi encombrant m'empêchait d'accéder à une forme, à quelque chose de tenu et d'inventif. J'ai pu passer par des personnages, jouer avec les voix et les niveaux de texte, et m'adresser à cet autre qu'est le lecteur. Du coup, paradoxalement, l'écriture devient à la fois plus personnelle ( quoi de plus banal qu'une névrose, au fond ? )  et plus universelle. En parlant sur le divan de mes problèmes, en les cernant, en les mettant à leur juste place,je cessais aussi de considérer l'écriture comme une thérapie, et j'étais plus ouverte au plaisir de l'autre.

mercredi, 15 août 2007

Parole et silence

L'analyse n'est pas une conversation ni un échange entre le psy et le patient, mais une confrontation entre le patient et lui-même, son passé, son histoire, ses parents, ses douleurs, ses manques, il est important, essentiel même que le psychanalyste ne s'interpose pas. Son silence permet à l'analysant de projeter sur lui toutes les pensées insoutenables et refoulées impossibles à dire à quelqu'un. Le silence du psy facilite donc les projections transférentielles : à quelqu'un qui ne dit rien ou pas grand-chose, on peut prêter toutes les pensées possibles !

Son inconscient, lui, n'oublie pas ?

En effet, l'inconscient ne connaît pas l'oubli. Nous croyons oublier mais notre inconscient garde la trace de tout ce qui nous arrive. Il refoule, dénie ou rejette ce qu'on ne peut élaborer, le conserve ou le tient à notre disposition, prêt à ressurgir dans un symptôme, un rêve, un acte manqué. En outre, il tient une très bonne comptabilité du temps qu passe, des heures et des dates qui le scandent.

C'est ainsi que choses oubliées, refoulées, rejetées, reviennent à la surface, s'offrant à nous pour que nous les vivions, pour nous inciter à nous y perdre ou à les dépasser.

Pour nier la souffrance, il faut nier la vie en soi. La psychanalyse nous fait prendre le risque de souffrir. Elle réveille la vie en nous. Elle réveille le corps.

On intègre mieux sa vie, son corps, son passé, son histoire. On devient capable de souffrir et de ne pas s'installer dans la souffrance. On devient plus humain, plus vivant. C'est effectivement un des buts de l'analyse : nous permettre de vivre notre vie, d'exister dans notre corps tout autant que dans notre histoire. En permettant d'affronter puis de surmonter l'angoisse, l'analyse donne à chacun les moyens de vivre avec les spécificités et les difficultés de sa propre existence. Angoisses comprises.

 

Je suis moi-même

L'analyse vous aide à vous cerner dans votre singularité.

Je suis assez proche de la folie, quand j'y pense, mais ma force, c'est justement de le savoir. Et d'avoir pu border, cadrer ces déconnexions grâce à mon psy.

Quand je suis allé chez mon psy, j'avais un poignard dans le coeur, j'agonisais, je me traînais. Quand je l'ai vu, il m'a aidé à retirer le poignard, d'un simple regard, ce qui n'a pas été sans effusion de sang, ni hémorragie et larmes. Ensuite, il faut le temps que la blessure cicatrise. Enfin, à la fin de la cure, c'est vous qui vous regardez naître.

Lorsqu'un homme refuse de reconnaître l'enfant comme étant le sien, si aucun autre homme ne prend la relève pour adopter l'enfant, c'est-à-dire pour le prendre dans son histoire et faire tiers avec sa mère, il est fréquent de rencontrer de profonds sentiments d'abandon associés à une impression constante d'imposture qui peut provoquer une incapacité à trouver sa juste place dans la vie. Défaut d'ancrage dans la réalité, incapacité à se lier, à s'engager, troubles identitaires, soumission étouffante à l'emprise maternelle, pour ne citer que quelques exemles parmi les plus fréquents. L'enfant peine à trouver sa place d'adulte, il lui manque l'ancrage généalogique qui donne des racines et la bouffée d'oxygène qui ouvre l'avenir en dehors des bras aimants de sa mère. Sur ce schéma de base se construit ensuite tout ce que cette non-reconnaissance signifie pour la mère et comment elle le vit dans sa relation avec son enfant.

Elle aide également à aborder les questions identitaires au niveau du genre et de mieux vivre son identité sexuée et ses choix sexuels. Elle permet de sortir des identifications schématiques pour trouver sa propre voix.