lundi, 27 août 2007
Histoire de pouce et de tétine
C'était vrai. Quand vous bavardez, cela ne modifie pas fondamentalement votre être. Mais quand vous vivez les mos dans votre corps, quand vous les faites vibrer dans vos tripes, là, vous commencez à avancer. C'est ce qui se passe sur le divan. C'est avec l'émotion que quelque chose se casse ou se déplace. C'est aussi simple qu'une théorie physique.
" Tu ne t'aurorises pas à te séparer de ta mère "
Tout ce qui parasite votre bonheur, tout ce qui vous bouffe la vie de façon absurde, cette envie d'être à n'importe quelle place mais pas à la vêtre ! Aujourd'hui je suis satisfaite de la mienne.
Je suis à ma taille, à ma place, et j'ai le futur très court. J'ai une visibilité à 360 degrés, c'est une vraie aubaine. Je peux voir les autres, les appréhender. Je suis toujours autant en emphatie, avec une difficulté à prendre du champ et souvent à me libérer par rapport au regard d'autrui, mais ça s'est tout de même vraiment arrangé. Je me laisse plus bouffer.
Aujourd'hui, je peux dire que j'ai payé - certes à prix d'or - ma place et achété ma liberté de femme
J'ai réalisé, ce jour-là, et je réalise toujours à quel point il est important de payer, même chèrement, sa place d'analysant. Le fait de payer casse tout sentiment de dette envers quelqu'un. Aujourd'hui, nous sommes quittes. L'argent est le prix à payer pour la liberté, la vraie.
Votre ventre, a-t-elle dit, exprime un cri.
Je pense profondément que le fait de se laisser transformer en objet par les autres, en petite chose malléable,installe dans le corps la maladie; que la maladie est cette chose au fond de vous - pour reprendre la formule de Marie Cardinal - qui répond à votre statut d'objet.
19:27 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 20 août 2007
Fin
J'ai vraiment aimé la discipline intellectuelle que représente la psychanalyse, et l'incroyable aventure que c'est. C'est un voyage sur un divan, et qui dit qu'on ne mérite pas de voyager, qui dit qu'on a pas le droit de faire ça pour soi ? Cette longueur, cette lenteur, c'est si peu valorisé aujourd'hui. Mais on ne guérit pas d'une névrose en six mois. En six mois, on peut supprimer des symptômes, des ongles rongés, mais les causes restent, et ça peut être dangereux.
A la fin de cette anlyse, tout n'était pas réglé, mais je me rappelle avoir dit que j'étais une " femme complète ", que je pouvais faire avec mes morceaux. Je savais que je pouvais vivre sur ce que j'avais compris chez lui, que je pouvais vivre avec la part de souffrance qui restait et que, surtout, j'étais sortie de la confusion, de ce semblant d'ordre normatif qui n'était pour moi que du désordre mental.
Cela justifiait aussi l'importance de cette discipline. Et c'était, croyez moi, très lourd. Trois fois par semaine, c'est énorme et fatiguant ! Voilà pourquoi on parle de travail analytique : c'est un deuxième boulot à plein temps !
Je n'ai jamais mis en doute le fait qu'il m'écoutait. Son écoute était palpable. Matérielle.
Je sortais soulagée mais décomposée de ces séances, avec une impression de " gondolé " - comment le dire autrement ? C'est le terme qui me vient à l'esprit. C'était cela : je me gondolais, la carrosserie se gondolait, comme si la carapace se fissurait. Une sorte de décompression de César, pour un jeu de mots ! L'image de la petite fille modèle prenait l'eau. Je devenais moi-même et c'était douloureux.
Alors que j'étais dans l'indifférencié, encore petite fille au milieu de toutes ces femme.
C'est au contraire un travail émotionnel, qui naît d'une réconciliation entre le corps et l'esprit.
" On sait que le transfert fonctionne quand, en séance, on sent son estomac se tordre, on a mal au coeur, on a des sensations physiques. "
21:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
suite
La psychanalyse m'a aussi donné le ocurage de devenir un écrivain à part entière, avec tous les risques et les aléas que cela suppose. J'ai quitté l'université en 1998 pour me consacrer totalement à l'écriture. Il y a avait deux possibilités avec l'écriture : en faire un métier ou une maladie. Je ne voulais pas en faire une maladie. Être publiée était déjà un premier pas mais, grâce à l'analyse, j'ai cessé de vivre l'écriture comme une obsession romantique. La psychanalyse m'a beaucoup aidée à ranger les choses dans leurs cases et à cesser de croire que, pour être un bon écrivain, il fallait que j'y pense vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et que je souffre. A l'époque, j'ai fait le choix, conscient et apaisé, de faire de l'écriture un métier, qui avait sa place dans ma vie de tous les jours, mais qui ne m'empêchait pas de vivre.
Je me suis raconté à moi-même ma propre histoire. Je me suis dégagée de l'identité que mes parents m'avaient, comme tous les parents, construite. Je me suis rapprochée de moi, et j'étais plus libre pour me rapprocher d'eux. Je les ai mieux compris. Ils sont devenus des personnes, une femme, un homme, pas juste mes parents. Je ne dis pas j'ai trouvé la solution miracle... Il reste des conflits, ce sont des relations en mouvement.
La psychanalyse a été un outil de libération de moi-même. Vous devenez un individu singulier. Je suis restée six ans et demin sur le divan de ce monsieur, à me déconstruire, à me détricoter et me retricoter. La psychanalyse, c'est une auberge espagnole, on y trouve ce qu'on y apporte. Un bon psy ne donne jamais de conseils, il ne sait pas pour vous, même si vous pouve avoir cette impression. Il vous repropose vos phrases, il essaie de vous les faire entendre, il suggère, il reformule. Il essaie de déclencher des associations, ou de regrouper des associations, ou de rapprocher un souvenir avec un mot que vous venez de dire... C'est une relation unique, entre le psy et le patient. On peut la théoriser, mais on ne peut la vivre qu'individuellement.
21:38 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


