samedi, 16 février 2008

Des indications de la psychanalyse

Question de cadre et de déontologie. Les psys qui travaillent dans les institutions sociales et éducatives, qui ne sont pas des lieux des soins, ne peuvent aller au-delà du cadre institutionnel qui les légitime et les paie. Ainsi, psychiatres ou psychologues, même avec une formation analytique et une pratique d'analystes en cabinet, ont à adapter leur travail en fonction de l'institution qui les embauche. Un projet éducatif ou social n'est pas un projet thérapeutique : l'institution accompagne le changement, mais n'a pas pour mission directe de soigner les gens. L'approche clinique que permet la psychanalyse apporte toutefois un éclairage différent et une approche essentielle, tant aux usagers qu'aux professionnels.

L'approche clinique est celle du psy qui n'utilise aucun autre outil que son écoute lorsqu'il reçoit quelqu'un. Le terme "clinique" renvoie à l'idée du lit (clinè) et à la pratique du médecin qui n'a d'autre outil que lui-même lorsqu'il est au chevet de quelqu'un.

Le psychologue clinicien a souvent une solide formation analytique : celle que lui a délivrée l'université et surtout celle que lui a donnée sa propre psychanalyse. Son travail permet à l'institution de tenier compte de la réalité psychique de ceux qu'elle prend en charge. En effet, la réalité apparente, objective ou factuelle, ne peut être la seule lecture de la souffrance. Le clinicien fait apparaître la dimension subjective de l'histoire de chacun et participe ainsi au travail des éducateurs, infirmières, assistants sociaux et autres praticiens du travail éducatif et social.

Et dans les lieux de soins ?

Hôpital psychiatrique, centre médico-psycho-pédagogiques, services de milieu ouvert ou ambulatoires de toutes sortes : il existe de nombreux lieux où se pratiquent des psychothérapies, éventuellement d'inspiration analytique, pour soigner la souffrance psychique. L'expérience de Maud Mannoni à Bonneuil, par exemple, illustre combien la psychanalyse peut s'adapter aux institutions et leur permettre de contenir et de soigner la douleur psychique. Le développement de certaines démarches d'ethnopsychiatrie et d'ethnopsychanalyse montre par ailleurs que les notions d'inconscient et de transfert sont présentes dans toutes les cultures et peuvent tout à fait donner lieu - une fois trouvé le cadre ad hoc - à un vrai travail thérapeutique.

La répétition inconsciente

De s'en donner le droit et les moyens. Ainsi peut-on échapper à la machine de mort de la répétition transgénérationnelle en arrêtant le processus implacable de la reproduction du malheur familial. Sur le divan, la parole ouvre la boîte à malheurs et permet de dissiper son contenu.

La prise en charge institutionnelle de la souffrance conduit à rencontrer des familles martelées par la reproduction du malheur depuis plusieurs générations. Difficile dans ces conditions de ne pas penser que le pire est garanti. Or la notion de résilience peut réorganiser le projet institutionnel. Elle invite à une réflexion sur les outils éducatifs, sociaux, thérapeutiques qui peuvent être des déclencheurs pour sortir de l'engrenage du malheur.

Concrètement, comment ça marche ?

En changeant de regard sur ceux que la vie a malmenés,  en cherchant à valoriser leurs propres potentiels, leurs richesses, en misant sur leurs capacités de création, en les aidant à exprimer leurs malheurs mais aussi leurs espoirs, leurs réussites, les professionels de l'enfance peuvent donner aux parents et aux familles la possibilité de retrouver ou de réveiller leurs propres potentiels de guérison. Groupes de parole pour parents de jeunes enfants ou adolescents, groupes de femmes soutenant d'autres femmes, réseaux d'échanges de savoir, rencontres et ateliers, création d'u journal... : il ne s'agit plus de faire à la place de ceux qui risquent de perdre pied, mais de leur donner les moyens de faire eux-mêmes, y compris pour les autres. Se faire l'allié d'Eros pour combattre Thanatos, même dans des situations sociales et économiques douloureuses, c'est possible.

Je le pense. La psychanalyse y a sa place, mais pas sous la forme de la cure analytique. En travaillant dans les diverses institutions éducatives et sociales qui prennent en charge les familles en difficulté, les enfants et les adolescents en panne de repères, en galère, en souffrance, j'ai pu apprécier la compétence des cliniciens formés à la psychanalyse. Sans pratiquer dans l'institution des cures stricto sensu, ils apportent un concours précieux au travail des équipes éducatives.

dimanche, 10 février 2008

Souffrances d'enfance

On peut les rendre immatures en les poussant à prendre des décisions ou à assumer des responsabiltés. On peut aussi les rendre terriblement vulnérables aux influences extérieures, dépendants, prêts à se soumettre à toute autorité, toute protection, même illusoire.

Il arrive souvent qu'en découvrant un inceste, on apprenne que le parent concerné a été abusé lui-même et n'a jamais pu en parler. Le schéma est classique. Si aucune écoute n'a jamais pu donner du sens à ce qu'a vécu l'enfant, tout son édifice psychique s'est trouvé désorganisé par la désorganisation de sa structure familiale. Et c'est ainsi qu'il devient adulte. Un adulte qui ne peut pas prendre une vraie position parentale par exemple, respectueuse du tabou de l'inceste, car ses parents ne l'ont pas considéré comme un enfant qu'on aime en le respectant. Il en est de même pour les climats incestuels. Lorsqu'une ambiance de fusion ou de confusion flotte sur une famille, brouillant les identités, mélangeant la place des uns et celle des autres, le malaise familial prend son origine bien souvent dans la génération précédente.

Certains fantasmes inconscients prennent forme et nous constituent. On a d'autant moins de prise sur eux qu'ils nous ont construit et nous ont pétri depuis l'enfance. Ainsi peut-on se trouver engagé à reproduire une scène du passé douloureux de ses parents. Un drame, un malheur, une maladie, un scandale, un secret, quelque chose de douloureux peut être resté vivant et inconscient et nous avoir été transmis, à l'insu de tous, comme une invitation à recommencer, comme un destin.

La psychanalyse est une méthode singulière puisqu'elle permet de réveiller en nous ces capacités vives, elle s'appuie sur la pulsion de vie pour lutter contre la pulsion de mort. Elle permet de se guérir soi-même, en retrouvant la possibilité et la liberté de créer, de réparer, autrement dit de survivre à la mort.

Inceste et incestuel

L'oedipe, c'est le désir d'une petite fille qui rêve d'éveiller l'attention et l'intérêt de son père et qui reçoit de lui affection et protection. Si, en lieu et place de cet amour paternel et protecteur, elle rencontre la réalité d'un désir qui fait effraction dans son monde d'enfant, c'est terrible pour elle. Ce qu'elle ne sollicitait qu'en fantasme dans son désir de grandir et de devenir une femme lui tombe dessus et écrase son univers psychique. Son évolution oedipienne s'en trouve entravée, sa construction personnelle vacille. Je voudrais à ce propos rappeler quelque chose d'important. Lorsque l'enfant est mis par un de ses parents à une place amoureuse qui n'est pas la sienne, c'est parce que les deux parents sont défaillants. Est défaillant en tous cas le cadre nécessaire pour grandir : la famille, au sens de structure symbolique et généalogique.

L'amour parental ne doit pas se refermer sur l'enfant, mais au contraire lui ouvrir la vie.

famille, pas d'amour à deux !

amour à trois,

Il s'agit de sortir de la fusion, ou du désir parental, de se démarquer des paroles paternelles ou maternelles, de retrouver ses propres fantasmes. Ainsi se regagne la liberté d'aimer et de désirer ailleurs. De reconstruire un univers fantasmatique oedipien et de pouvoir le dépasser.

C'est le règne du secret, du silence...

On fait tout pour ne pas perdre la face, pour ne rien laisser paraître. La charge de silence et de respectabilité est d'ailleurs totalement insupportable à vivre par ceux qui en pâtissent. Leur souffrance est totalement déniée au prétexte qu'ils n'ont jamais manqué de rien ! Certaines familles sont tout à fait capables d'éduquer leurs enfants, c'est-à-dire de leur enseigner les bonnes manières et de leur transmettre les valeurs familiales, sans pour autant leur prodiguer l'amour tendre, les attentions et le cadre nécessaire à l'enfance.

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