dimanche, 06 janvier 2008
Corps et image de soi
C'est en se découvrant regardé par l'autre dans un miroir, et en saisissant que le regard de l'autre englobe alors toute sa personne, que l'enfant prendra conscience de l'unité de lui-même. Ce regard aimant, protecteur et englobant, lui donne son unité, lui permettant de sortir d'une vision morcelée de lui-même et de construire ainsi sa personnalité unique et singulière. Nous construisons une image de nous-même grâce à ce regard extérieur à nous, qui nous fonde comme une personne. Individuée, en lien, mais séparée.
Est-ce facile de reconstruire une bonne image de soi ?
Je pense que c'est très dur. Le décalage entre les sensations intimes, la perception de soi, les représentations fantasmatiques déformées et les images sociales normatives peut-être énorme. Comme dans l'histoire de Dorian Gray, les miroirs nous renvoient parfois une image de nous-même qui vieillit bien plus rapidement qu'on ne le sent ou ne le croit. Surtout dans une société qui privilégie à outrance la forme, la jeunesse, la minceur et la vitalité. Si le miroir nous amène à nous comparer aux figures de conformité sociale, en relais des messages parentaux déformants, on ne se sent jamais totalement conforme !
La psychanalyse permet de relativiser et d'inscrire les mots et les miroirs de l'enfance dans leur contexte. Les souvenirs de notre enfance ne sont tous que des reflets. Ils sont tous déformés par nos souvenirs et le travail de construction de notre mémoire. Nous n'avons que des souvenirs écrans. Chacun d'eux raconte une histoire. Chaque scène gardée en mémoire est un message de notre inconscient, elle porte en elle des messages essentiels pour nous, notre rapport avec nos parents, nous-même,nos désirs. Traumatisants ou merveilleux, les mots qu'on garde et les images dont on se souvient sont tous des condensés d'événements.
Nos souvenirs d'enfance sont comme nos rêves, des voies royales pour accéder à nos joies et nos blessures enfouies. Chacun d'eux raconte une histoire, la nôtre à un moment donné de notre histoire, lourde de désirs et de fantasmes.
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