samedi, 24 novembre 2007

Comment en sort-on ?

Tout est là : il faut en sortir. Il faut pouvoir souffrir. Accepter, élaborer, surmonter et dépasser la souffrance. On ne peut faire l'économie de ce processus. En déniant ce qu'on est pas en mesure de supporter, on s'épargne une partie de la douleur et des chagrins qu'on est pas en mesure d'éprouver. Mais les émotions et les pensées déniées restent intactes, en attente. Comme elles ne sont pas travaillées par nos rêves et nos associations, elles peuvent longtemps rester en l'état et exploser si une situation nous les fait revivre. On ne s'en sort qu'en vidant l'abcès. Accepter de revivre l'événement insupportable, accepter les pensées et les émotions inconciliables, accepter la morsure du chagrin, de la culpabilité et de la perte. Plus le clivage est ancien, plus il peut s'être rigidifié, solidifié, enkysté.Certes, il nous protège de ce que nous ne pouvons supporter, mais en le gardant intact, telle une vraie bombe à retardement.

Le deuil reste toujours à faire, même longtemps après ?

Oui. Même dix, vingt ou soixante ans plus tard, il faut faire le travail d'acceptation de la réalité. Faire le travail : penser, pleurer, manquer et affronter ce qui semblait insurmontable. Encore faut-il être dans des conditions favorables.

Tous les enfants de psychotiques ne le deviennent pas. Loin de là. Beaucoup deviennent psychologues, éducateurs ou médecins.

On ne peut guérir que par la psychanalyse ?

Les enfances bousculées par des parents déséquilibrés, prisonniers de leurs angoisses et de leurs démons, sont souvent lourdes à porter et laissent des traces. Malgré la cure. Certes, la psychanalyse permet de fouiller le passé, de revivre et d'affronter, d'élaborer et de dépasser les traumatismes infantiles, dont ceux qui sont causés par la douleur psychique des parents malades mentaux. Mais elle ne suffit pas toujours pour vivre avec soi-même.

La psychanalyse ne suffit pas : vous semblez formuler là une forme de désaveu !

Je dis simplement que ça ne suffit pas... On guérit par la cure et par le métier qu'on se choisit, par ce qu'on fait de sa vie. On guérit en soignant, en créant, en donnant, en pardonnant. La psychanalyse permet de vivre et ensuite on se guérit par la vie qu'on se construit.

Les commentaires sont fermés.