jeudi, 01 novembre 2007

La question du deuil

La psychanalyse peut permettre de vivre ce qui n'a pas été vécu, de pleurer ce qui n'a pas été pleuré, d'ouvrir ce qui s'était refermé et de s'autoriser à vivre.
Le travail analytique peut du reste s'apparenter au travail de deuil. Il s'agit du travail psychique fodamental qui permet d'accepter une réalité pénible, violente, bouleversante, insoutenable - notre réalité, dans ses aspects autant matériels que psychiques.
Prendre la mesure des pertes ou des absences qui nous minent, des douleurs que la vie nous impose, mais aussi, plus radicalement, du manque qui nous creuse tous, afin de trouver en nous les forces de vivre quand même. Passer par la colère, ressentir la culpabilité, trouver des aménagements avec l'intolérable, cela peut jalonner le chemin du deuil qui suit une perte, comme le chemin d'une cure.
Vous savez qu'il ne suffit pas de dire les choses pour qu'elles évoluent. Si les mots font avancer dans la cure analytique, c'est grâce au transfert et aux conditions de celui-ci : le cadre et la règle de la cure.
Il est nécessaire de trouver un lieu fiable et assuré et une écoute adaptée pour pouvoir élaborer ce qui n'a pu être pensé. La psychanalyse permet d'avoir un lieu sécurisé pour parler. Un lieu, un rendez-vous, une place et une personne qui écoute. Régulières et assurées, les séances sont des garanties, des marques de reconnaissance. Vous voyez, une fois encore, l'importance du cadre et de la règle. Lorsque des fantômes hantent l'enfance, quand les frontières entre la vie et la mort sont floues, au point que la vigilance soit toujours requise, l'espace de la cure analytique offre un lieu psychique pour remettre les choses en place, les penser, les souffrir, les élaborer, sans être menacé de chaos.
Face à une réalité impossible à intégrer, notre esprit peut chercher à s'en protéger en la niant. Il peut nier soit l'événement, soit son impact. Ce déni peut être provisoire et laisser place à l'horreur de la réalité, au chagrin et au deuil. Il peut aussi s'installer durablement et déséquilibrer l'existence de celui qui fuit la souffrance, insupportable.
Une fillette qui n'a ni la maturité psychique ni le soutien familial adapté ne peut se protéger que par le clivage. Elle se protège de l'événement impensable, lui ôte tout caractère douloureux et peut ainsi reprendre le cours de sa vie. Du moins le croit-elle. Jusqu'au jour où une autre situation, analogue ou proche, viendra lui rappeler les émotions qu'elle n'avait pu ressentir et elle s'effondrera.
Le clivage et le déni de souffrance ou de réalité qu'il opère sont des moyens de survivre à la violence d'un traumatisme.

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